Société

Craignant le « Bwa kale », il raconte ses cauchemars

(PouSiOuPaTKonnen) – Il s’appelle *Alex. Depuis plus de deux décennies, il vit dans l’un des quartiers populaires de Port-au-Prince où, d’ailleurs, il a pris naissance. Durant les années, il a vu grandir des jeunes qui étaient enfants avec lui, mais également il a vu venir d’autres visages dans le quartier, en provenance soit d’autres quartiers de la capitale ou des villes de province. Aujourd’hui, ils sont, pour la plupart, devenus bandits, ils sont armés et à cause de cela, son environnement, autrefois « petit paradis », est devenu une prison à ciel ouvert ; un enfer.

« J’ai passé toute ma vie ici, je connais l’histoire de la zone et j’ai vécu toutes ses évolutions. Mais ce qu’on est en train de vivre aujourd’hui, je ne l’avais pas vu venir. Je ne peux pas sortir de peur que quelqu’un m’identifie comme un habitant de la zone et me prend pour un bandit. Je suis donc obligé de rester cloîtrer chez moi pour éviter d’être victime de ‘Bwa kale’« , se plaint Alex dont sa jeunesse est sur le point de lui échapper.

Dans ce quartier, les habitants peuvent circuler librement, mais pas pour aller loin. Pas parce que c’est interdit, mais plutôt par précaution. Autrefois, la police pouvait y mener des opérations pour contrer les bandits mais aujourd’hui, ce n’est plus possible. « C’est impossible. La police ne peut pas pénétrer la zone. Du moins, pas par voie terrestre parce que *’mesye yo’ controlent toutes les entrées. On peut aller chercher de l’eau, aller au marché, à l’église, tenter de se rendre dans d’autres quartiers de la capitale mais c’est un risque énorme qui peut nous coûter la vie. Le ‘Bwa kale’ existe et il est réel ; il fait peur« , avance-t-il, l’air triste et dépasser par les événements. Quitter la zone ? « Pour aller où ? Je ne peux pas débarquer dans un quartier et demander à louer une maison comme si de rien n’était. Si les habitants arrivent à savoir d’où je viens, ils risquent, à tort, bien sûr, de me considérer comme un guetteur (toutè bandi) et m’exécuter », poursuit-il d’une voix funeste.

Alex ne perd pas espoir comme beaucoup d’autres jeunes, bien qu’il ne voie pas d’où pourra sortir la solution. Blame-t-il les bandits ? Oui, mais à une certaine limite. « Je ne peux pas condamner seulement les bandits. Oui ils font du tort à la société, donc à moi aussi, mais, où est l’État dans tout cela ? Tout peut arriver dans une maison où les parents n’assument pas leurs responsabilités. Ce qu’on est en train de vivre est avant tout de la responsabilité de l’État », a-t-il martelé.

Également, Alex ne s’oppose pas « totalement » au « Bwa kale ». Malgré le caractère illégal de ce mouvement, il rappelle que « tout bèt jennen mòde » et accepte de vivre dans son enfer, en espérant que tout cela s’améliore ; pourvu que ce soit encore possible. « Je ne supporte pas le ‘Bwa kale’ mais je ne m’y oppose pas non plus. L’État n’a aucune volonté pour résoudre le problème du grand banditisme. La population est prisonnière chez elle. Si l’État a failli à sa mission, les citoyens sont obligés de prendre leurs responsabilités. Oui je ne peux pas sortir mais devant la cruauté des bandits armés, ils doivent avoir quelque chose qui leur fait peur pour qu’ils puissent au moins réfléchir avant de faire quoi que ce soit« , admet-il.

La situation d’Alex est la même que vivent de nombreux jeunes dans les quartiers populaires. Voulant rester dignes, ils refusent d’intégrer les gangs armés et ils sont limités. Ils ne peuvent pas sortir, ils ne peuvent pas se déplacer pour aller habiter ailleurs, les jours se suivent et se ressemblent. Si leur jeunesse leur échappe, la situation du pays reste toujours incertaine. Pour quel avenir ? Ils n’en savent rien. Ils avancent tant bien que mal en espérant de voir le bout du tunnel. Mais quand ? Haïti tue ses fils !

Alex : nom d’emprunt pour protéger l’identité du jeune homme

Mesye yo : nom donné aux bandits

Pour avoir accès exclusif aux contenus de #PouSiOuPaTKonnen, suivez-nous en cliquant ici: ↓
Twitter (X) Chaîne WhatsApp Groupe WhatsApp
Telegram Facebook Threads

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!